« D’ici quatre ans », La Lutte syndicale. Organe officiel de la Fédération suisse des ouvriers sur métaux et horlogers (8 mai 1946)a
[fr] Le texte aborde l’usage futur de l’énergie atomique dans l’industrie, un progrès scientifique majeur qui pourrait transformer l’économie mondiale. L’auteur critique l’absence de débat public sur cette découverte et met en garde contre les intérêts capitalistes qui cherchent à en tirer profit. Il plaide pour une nationalisation de l’énergie atomique afin qu’elle bénéficie à tous, soulignant que cette avancée pourrait être un moteur de redistribution de la richesse et de progrès collectif.
[de] Der Text behandelt die zukünftige Nutzung von Atomenergie in der Industrie, ein bedeutender wissenschaftlicher Fortschritt, der die Weltwirtschaft transformieren könnte. Der Autor kritisiert das Fehlen einer öffentlichen Debatte über diese Entdeckung und warnt vor kapitalistischen Interessen, die darauf abzielen, Profit daraus zu schlagen. Er plädiert für eine Nationalisierung der Atomenergie, damit sie allen zugutekommt, und betont, dass dieser Fortschritt ein Motor für die Umverteilung des Reichtums und den kollektiven Fortschritt sein könnte.
[it] Il testo affronta l’uso futuro dell’energia atomica nell’industria, un progresso scientifico importante che potrebbe trasformare l’economia globale. L’autore critica l’assenza di un dibattito pubblico su questa scoperta e mette in guardia contro gli interessi capitalisti che cercano di trarne profitto. Sostiene la nazionalizzazione dell’energia atomica affinché benefici tutti, sottolineando che questo progresso potrebbe essere un motore per la redistribuzione della ricchezza e il progresso collettivo.
[en] The text addresses the future use of atomic energy in industry, a major scientific breakthrough that could transform the global economy. The author criticizes the lack of public debate on this discovery and warns against capitalist interests seeking to profit from it. He advocates for the nationalization of atomic energy so that it benefits everyone, emphasizing that this advancement could be a driving force for wealth redistribution and collective progress.
Une information, donnée sans commentaires, annonçait la semaine dernière que, d’ici quatre ans, l’énergie nucléaire autrement dit la force atomique, sera utilisée pour des usages industriels.
Il est pour le moins étrange que la presse quotidienne ait relégué à l’arrière-plan toutes les questions relatives à cette découverte.
Depuis celle de l’usage du feu, qui remonte loin dans la nuit des âges, jamais l’humanité n’a fait un bond pareil en avant.
L’emploi de l’énergie atomique modifiera toutes les activités industrielles. Elle apportera également la preuve que l’activité humaine ne se déploie pas n’importe comment, puisque, au contraire, elle vise à la rationalisation scientifique de l’effort et à l’économie des forces, c’est-à-dire qu’elle cherche toujours à obtenir une quantité donnée avec la plus faible dépense possible, ou bien, avec une dépense fixée, à se procurer le plus de biens possible, autrement dit, à s’enrichir.
La découverte de la force atomique rejoint les problèmes fondamentaux de l’économie politique, ceux qui ont trait à la richesse des peuples.
Et ceci, grâce à une conquête de la science dont aucun homme de notre génération n’aurait pu supposer qu’elle sortirait jamais du domaine de la spéculation pure ou des démonstrations de laboratoire.
Ce progrès est dû uniquement à des hommes de science, à la déduction expérimentale, au positivisme abstrait et rationaliste.
C’est peut-être une des raisons qui font qu’on ne tient pas trop à l’exposer dans sa vérité fondamentale aux masses humaines que l’on préfère voir s’enfoncer dans les arts récréatifs, les sports, et la sensation passionnelle.
D’énormes forces demeurent à l’œuvre pour maintenir sur cette humanité les sujétions du passé, l’obscurantisme, la division, les veines querelles qui peuvent la fourvoyer et lui faire manquer les chemins capables de la conduire à sa libération de la tutelle économique où elle est encore maintenue, grâce au statuquo capitaliste.
Dans ces débats d’écoles, nous sommes ainsi contraints de prendre une position claire en faveur des vérités de raison. Elles n’ont certes rien à voir avec les vérités basées sur la foi et les croyances, nées de traditions que notre époque a largement dépassées.
On discute, il est vrai, depuis fort longtemps sur cette conception hybride. Si la discussion s’éternise, c’est parce qu’elle est conduite, d’ordinaire, à coups de principes « à priori » avec lesquels jongle une logique toute formelle.
La science répudie tout ce verbalisme métaphysique. Elle ne se base que sur l’expérience sans cesse renouvelée et vérifiée. D’où ses succès incomparables.
Notons, en passant, que l’esprit scientifique inspire la justice à l’égard des croyances qu’il combat, car étant des faits humains, les croyances ne méritent aucun sarcasme facile. Nous devons nous pencher sur elles, comme des objets d’étude et les examiner, elles aussi, avec objectivité et sérénité.
En effet, l’effort vers la vérité implique, pour être fécond, la justice et la volonté de compréhension bienveillante.
Telle est l’attitude générale, dans tous les pays, des gens de science et des esprits imbus du progrès nécessaire de la pensée rationaliste.
Malheureusement, ils ne sont pas seuls. On peut même tenir pour certain qu’en l’état présent du chaos universel, ces hommes sont des grains de sable perdus dans un immense désert. Ils demeureront sans force contre d’autres milieux, beaucoup mieux organisés qu’eux, où domine le goût du profit sordide, appuyé par une accumulation énorme de richesses prélevées sur l’ensemble des travailleurs.
Les chercheurs scientifiques dépendent, pour une part, de ces milieux capitalistes. Ils ne peuvent s’émanciper de leur tutelle qu’avec l’appui éclairé des militants et des masses laborieuses moralement et intellectuellement émancipées de l’oppression de la caste riche.
Celle-ci use de tous les moyens pour maintenir sa domination sur les foules humaines. Dans de telles conditions ne soyons pas trop surpris si déjà l’on essaie de recouvrir du voile de l’ignorance la découverte scientifique capable de faire avancer les hommes dans la voie de la richesse collective, comme jamais cela n’eût été possible auparavant.
Il est très vraisemblable que le secret impénétrable dont on entoure les répercussions de cette découverte soit le fait de forces financières qui ont ourdi le plan de la capter à leur profit.
La publicité sera le seul moyen de contrecarrer des projets de cet ordre, dont les dangers sont d’ailleurs évidents.
Pour que l’énergie atomique entre dans le domaine des réalisations industrielles d’ici à 1950, il faut multiplier les efforts et les pressions afin qu’il s’agisse d’une œuvre accomplie en faveur et au profit de tous les humains, c’est-à-dire, en l’état actuel des choses, d’une œuvre collective, d’une nationalisation.