« [Science et technique] Conséquences d’explosions de bombes atomiques », La Lutte syndicale. Organe officiel de la Fédération suisse des ouvriers sur métaux et horlogers (4 février 1948)a
[fr] L’article évoque certaines hypothèses formulées après les premières explosions atomiques aux États-Unis sur leurs effets possibles sur l’équilibre terrestre. Il mentionne un léger ralentissement de la rotation du globe, les risques envisagés lors des essais sous-marins de Bikini (raz de marée, fissuration de la croûte terrestre) et rapproche ces dangers d’événements naturels comme l’éruption du Krakatoa. L’auteur souligne la puissance inédite des armes américaines et conclut en redoutant que l’humanité ne soit confrontée à des scénarios catastrophes rappelant la science-fiction.
[de] Der Artikel behandelt verschiedene Hypothesen, die in den USA nach den ersten Atomexplosionen über deren mögliche Auswirkungen auf das Gleichgewicht der Erde aufgestellt wurden. Erwähnt werden eine leichte Verlangsamung der Erdrotation, die bei den Unterwasser-Atomtests auf Bikini befürchteten Risiken (Tsunamis, Aufbrechen der Erdkruste) sowie Parallelen zu Naturereignissen wie dem Ausbruch des Krakatau. Der Autor betont die beispiellose Macht der amerikanischen Waffen und schließt mit der Sorge, die Menschheit könne mit katastrophalen Szenarien konfrontiert werden, die an Science-Fiction erinnern.
[it] L’articolo richiama alcune ipotesi formulate negli Stati Uniti dopo le prime esplosioni atomiche sui loro possibili effetti sull’equilibrio terrestre. Si menzionano un lieve rallentamento della rotazione del globo, i rischi ipotizzati durante gli esperimenti nucleari sottomarini di Bikini (maremoti, fratture della crosta terrestre) e il confronto con eventi naturali come l’eruzione del Krakatoa. L’autore sottolinea la potenza inedita delle armi americane e conclude temendo che l’umanità possa trovarsi di fronte a scenari catastrofici che richiamano la fantascienza.
[en] The article discusses certain hypotheses put forward in the United States after the first atomic explosions regarding their possible effects on the Earth’s balance. It mentions a slight slowing of the planet’s rotation, the risks anticipated during the underwater nuclear tests at Bikini (tidal waves, fissuring of the Earth’s crust), and comparisons with natural events such as the Krakatoa eruption. The author emphasizes the unprecedented power of American weapons and concludes with the concern that humanity may face catastrophic scenarios reminiscent of science fiction.
L’état-major américain, chargé de l’utilisation des bombes atomiques, s’est rendu compte des conséquences possibles de leur explosion sur le comportement du globe terrestre et ses appréhensions n’ont pas été tout à fait veines, car depuis le 25 septembre 1945, c’est-à-dire alors que les trois premières bombes atomiques avaient explosé à Los Alamos, sur Hiroshima et Nagasaki, les observatoires américains ont constaté que la durée moyenne du jour s’était allongée de trois millièmes de secondes.
Les effets de ces trois explosions auraient donc déterminé un freinage de la vitesse de rotation du globe terrestre.
Depuis ces explosions, il y a eu les deux essais sur l’atoll de Bikini, qui ont sans doute déterminé un nouveau freinage et le troisième essai qui devait avoir lieu à une certaine profondeur dans la mer n’a pas été exécuté, car on craignait la fissure du globe terrestre permettant l’irruption de la mer et l’éclatement probable de celui-ci sous la pression de la vapeur qui se serait dégagée au contact des masses incandescentes.
Il a été calculé que pour qu’il y ait fission en chaîne provoquant ce cataclysme, l’eau de l’océan du Pacifique devrait contenir 25 grammes d’uranium ordinaire par tonne.
Ce pourcentage a été estimé très supérieur à la teneur réelle.
Cependant, comme l’uranium est le corps le plus dense qui existe et la mer étant le réceptacle de tout ce qui provient de la partie solide émergeant notre globe terrestre. Il est possible que l’uranium se soit concentré dans les parties basses du Pacifique, où d’après les sondages effectués, on a repéré des fosses de plus de 10 000 mètres de profondeur, déterminant les points les plus faibles de la croûte terrestre.
Dans la troisième expérience envisagée à Bikini, on prévoyait, dans le cas le plus favorable, qu’une bulle de 2 millions de mètres cubes se serait formée autour du centre d’explosion ; elle serait montée en s’agrandissant, aurait éclaté à la surface de la mer et aurait projeté verticalement une colonne d’eau et de vapeur à plusieurs kilomètres de hauteur.
Un cratère se serait formé, qui aurait été comblé dans la suite par la masse des eaux environnantes, ce qui aurait provoqué un raz de marée dont la hauteur aurait été encore d’environ 30 mètres à plus de 1000 kilomètres de distance.
L’explosion du volcan Perbuatan en 1883, dans la petite île des Indes néerlandaises, Krakatoa, représentait un phénomène analogue. Il s’ensuivit un raz de marée tellement violent qu’on le ressentit jusque sur les côtes de la Grande-Bretagne, à l’opposé du globe.
Le séisme extrêmement violent ressenti dans l’océan Pacifique, le 1er avril 1946, avec épicentre au sud des îles Aléoutiennes, aurait été provoqué, croit-on, également par l’effet de l’explosion des trois premières bombes atomiques.
Les Américains sont donc en possession d’engins terriblement puissants et il est à souhaiter que nos descendants ne soient pas les spectateurs d’événements décrits par Jules Verne, dans un de ses romans : l’épilogue en était l’éclatement du notre globe, dont les morceaux devenaient des bolides parcourant l’infini.