« Atomes et cavernes ! », La Lutte syndicale. Organe officiel de la Fédération suisse des ouvriers sur métaux et horlogers (15 février 1950)a

[fr] L’article critique les projets américains de protection civile qui prévoient de creuser des cavernes et tunnels pour se protéger d’éventuelles explosions atomiques, jugeant ces solutions illusoires face à la puissance destructrice des bombes, notamment à hydrogène. Il dénonce l’impasse des discussions à l’ONU entre États-Unis et URSS et appelle à dépasser la logique de la guerre froide. Selon l’auteur, seule la solidarité internationale et la raison permettront d’éviter un suicide collectif de l’humanité.

[de] Der Artikel kritisiert die amerikanischen Zivilschutzpläne, die den Bau von Höhlen und Tunneln als Schutz vor möglichen Atombombenexplosionen vorsehen, und hält solche Lösungen angesichts der Zerstörungskraft insbesondere der Wasserstoffbomben für illusorisch. Er prangert die Blockade der Diskussionen in der UNO zwischen den USA und der UdSSR an und ruft dazu auf, die Logik des Kalten Krieges zu überwinden. Nach Ansicht des Autors können nur internationale Solidarität und die Vernunft ein kollektives Selbstmordunternehmen der Menschheit verhindern.

[it] L’articolo critica i progetti americani di protezione civile che prevedono di scavare caverne e tunnel per difendersi da eventuali esplosioni atomiche, giudicando queste soluzioni illusorie di fronte alla potenza distruttiva delle bombe, in particolare di quelle all’idrogeno. Denuncia lo stallo dei dibattiti all’ONU tra Stati Uniti e URSS e invita a superare la logica della guerra fredda. Secondo l’autore, solo la solidarietà internazionale e la ragione potranno evitare un suicidio collettivo dell’umanità.

[en] The article criticizes American civil defense plans that propose digging caves and tunnels to protect against possible atomic bomb explosions, arguing that such solutions are illusory in the face of the destructive power of bombs, especially hydrogen bombs. It denounces the deadlock in UN discussions between the United States and the USSR and calls for moving beyond the logic of the Cold War. According to the author, only international solidarity and reason can prevent humanity’s collective suicide.

Une véritable campagne de presse se poursuit à propos de la bombe atomique. Il est peu de jours où n’apparaisse une « sensation ». Le problème principal demeure cependant une question de principe. De quelle manière parviendra-t-on à mettre le monde actuel à l’abri des effroyables menaces qui pèsent sur lui ? Comment s’y prendre pour garantir avec efficacité la paix et la sécurité des peuples ? Un document intitulé : « Dégâts résultant des explosions atomiques et plans de constructions protectrices » a été publié la semaine dernière aux États-Unis. Il s’agit d’un « véritable manuel de la construction nouvelle ». Il a été édité à l’usage des entrepreneurs. Par exemple, ce rapport prévoit que, près des villes, il faudra creuser des tunnels et des cavernes, afin que les habitants s’y terrent, en cas d’alerte. Ceci n’est pas nouveau. La défense passive s’était spécialisée dans ce genre d’art macabre et pharaonique, au cours de la « Der des Ders ». Les systèmes « protecteurs » n’ont pas empêché cinquante millions de braves gens, hommes, femmes et enfants réunis, de franchir le fleuve Léthé. entre 1939 et 1945. Que le Ciel nous protège du fléau des caverneux fossoyeurs de l’ère Atome ! Que feront les gens, dans leurs cavernes, dans leurs tunnels, quand la pluie des bombes tombera sur les continents ? Selon des divulgations récentes, une seule bombe à l’hydrogène serait assez puissante pour faire disparaitre toute trace de vie, en quelques secondes, sur une surface de 500 kilomètres carrés. Combien de temps les habitants devraient-ils se terrer ? Que retrouveraient-ils à la surface empoisonnée, quand ils émergeraient de leurs souterraines habitations ? Le néant. La destruction. La faim et la mort. Belles protections ! L’essentiel consiste à savoir si oui ou non l’humanité va s’engager sur ces routes perdues. L’essentiel consiste à rétablir la solidarité universelle. L’essentiel réside dans le courage et dans l’intelligence des hommes. Ils veulent une paix autre que la paix armée, une paix autre que la paix des profiteurs de guerre, une paix autre que celle des marchands d’avions-fusées et de corps chimiques rares : uranium, plutonium, isotopes d’hydrogène, etc. Voici trois ans déjà que, sous des pressions et des mauvaises volontés évidentes, la discussion piétine, au sein du Conseil des Nations Unies. Trois ans d’inertie dans ce parlement mondial. Russes et Américains, les deux partenaires principaux du débat, se regardent en chiens de faïence. Ils expriment des points de vue absolument opposés et antagonistes. À la tête de leurs revendications, les Russes placent la destruction immédiate de toutes les bombes atomiques déjà construites. Les Américains défendent une autre idée : un système efficace de contrôle serait étendu à tous les États, à tous les genres d’armements. Ce contrôle serait mis en pratique au préalable, avant la destruction des stocks. Jusqu’en automne 1949, aucun fait nouveau n’était apparu. Les Américains paraissaient disposer du monopole atomique. Ceci semblait rendre invulnérable leur position de principe. Il n’en est plus de même, aujourd’hui, puisque le président Truman en personne a fait divulguer la nouvelle que ce monopole n’existe plus. Cela engagera-t-il la discussion sur des voies moins dramatiques que par le passé ? Allons-nous, avec bonne volonté et décision, vers un rapprochement des points de vue et une solution à l’amiable de ce long conflit de diplomatie ? Sortirons-nous enfin des épreuves de force et de la « guerre froide » ? Personnellement, nous pensons que oui. Quoique nous soyons encore à « l’enfance de l’ère atomique », les peuples mesurent avec une lucidité parfaite ce qu’il en coûterait de se lancer dans une guerre, avec de telles armes. Le risque est trop gros, trop certain. On a pu « conventryser » des villes. On ne le fera pas de continents entiers. C’est décidément trop fou ! La longue évolution de l’humanité a commencé par l’âge des cavernes. C’est entendu… Malgré les reculs, et les zigzags de sa difficile ascension vers l’âge de raison, la famille terrestre s’est toujours élevée vers la lumière. Elle n’est jamais retournée aux trous rocheux, ni aux antres enfumés. Elle ne courra pas, non plus, à son suicide collectif. Nous croyons à la victoire finale de la raison.