« L’appel de Stockholm », La Lutte syndicale. Organe officiel de la Fédération suisse des ouvriers sur métaux et horlogers (5 juillet 1950)

[fr] L’article reproduit et commente diverses réactions à l’« appel de Stockholm » contre la bombe atomique. Le professeur Edmond Privat souligne la contradiction entre les proclamations pacifistes de l’URSS et la guerre déclenchée en Corée par ses alliés du Nord. Le journal Gutenberg, pour sa part, estime qu’un véritable pacifisme doit condamner toutes les armes meurtrières, pas seulement l’arme atomique. Il plaide pour une démobilisation générale des armées et des flottes aériennes, considérant que tout gouvernement refusant un tel désarmement commet un crime contre l’humanité.

[de] Der Artikel gibt verschiedene Reaktionen auf den „Stockholmer Appell“ gegen die Atombombe wieder und kommentiert sie. Professor Edmond Privat weist auf den Widerspruch zwischen den pazifistischen Erklärungen der UdSSR und dem von ihren nordkoreanischen Verbündeten ausgelösten Krieg hin. Die Zeitung Gutenberg vertritt die Ansicht, dass ein wahrer Pazifismus alle tödlichen Waffen verurteilen müsse und nicht nur die Atombombe. Sie fordert eine allgemeine Demobilisierung der Armeen und Luftflotten und betrachtet jede Regierung, die dies verweigert, als verbrecherisch gegenüber der Menschheit.

[it] L’articolo riporta e commenta diverse reazioni all’« appello di Stoccolma » contro la bomba atomica. Il professor Edmond Privat sottolinea la contraddizione tra le dichiarazioni pacifiste dell’URSS e la guerra scatenata in Corea dai suoi alleati del Nord. Il giornale Gutenberg, dal canto suo, ritiene che un vero pacifismo debba condannare tutte le armi mortali, non solo quella atomica. Esso invoca una smobilitazione generale degli eserciti e delle flotte aeree, considerando criminale verso l’umanità ogni governo che rifiuti un simile disarmo.

[en] The article reproduces and comments on various reactions to the “Stockholm Appeal” against the atomic bomb. Professor Edmond Privat points out the contradiction between the USSR’s pacifist declarations and the war launched in Korea by its northern allies. The newspaper Gutenberg, for its part, argues that true pacifism must condemn all deadly weapons, not only the atomic bomb. It calls for the general demobilization of armies and air fleets, considering any government that refuses such disarmament as committing a crime against humanity.

À propos de cet appel, M. le prof. Edmond Privat, dont on connaît l’indépendance d’esprit et la largeur de vues, a écrit, dans la Sentinelle, les lignes suivantes, dont la pertinence n’échappera à aucun esprit libre : « L’URSS a patronné dans le monde une campagne intense des partisans de la paix. Ses amis de la Corée du Nord viennent de lui porter un coup sensationnel : ils ont montré au monde un communisme enclin à user même de la guerre comme moyen d’étendre son régime en donnant un démenti aux déclarations pacifistes faites d’autre part. »
Le Gutenberg, d’autre part, organe de nos amis typos, publie, sous ce même titre, les lignes suivantes, qui sont pleines de bon sens. Celui qui veut faire campagne pour la paix doit condamner toutes les armes meurtrières et non seulement la bombe atomique. « Nous ignorons si les pétitionneurs des partisans de la paix sont contents de la cueillette des signatures, mais nous estimons que cette campagne antiatomique montre un peu trop le bout de l’oreille et que le devoir d’un vrai pacifiste et d’un vrai antimilitariste est de refuser d’apposer sa griffe sur ce papier tendancieux. La bombe au phosphore n’est pas un moyen recommandable de réjouissance publique. Il ne semble pas que le bonheur humain dépende d’un quelconque explosif, d’où qu’il vienne, quels que soient sa forme, sa couleur et son moyen de propulsion. Ce qui est embêtant, ce n’est pas d’être désintégré, c’est d’être mort. La bombe ordinaire, l’abus, la fusée et même plus simplement la balle de mitrailleuse ont été beaucoup plus nuisibles que la bombe atomique, parce que tous les pays en fabriquent et parce qu’avec eux les bellicistes peuvent prolonger exagérément leur plaisir et n’en finissent plus de vous tuer. Les bombes atomiques ne s’usinent pas en série. On prétend que les Américains n’en fabriquent que deux ou trois par mois. Mais la bombe ordinaire, la bombe banale, la bombe familière, le monde entier en fabrique par milliers, par millions. Voilà ce qui nous inquiète. S’il n’existait pas d’avions pour transporter les bombes et les larguer au petit bonheur, ça ne serait que mieux, et s’il n’y avait pas de militaires spécialisés pour piloter ces avions, ça serait encore mieux ! Nous sommes donc d’accord avec l’appel du rédacteur parisien, qui est rédigé comme suit : « Nous exigeons la démobilisation de toutes les flottes aériennes, qu’elles soient américaines ou soviétiques. Nous exigeons la démobilisation de toutes les armées, chaque pays ne pouvant conserver plus d’un pour mille de sa population sous les armes. Nous considérons que tout gouvernement qui refuserait de démobiliser, de supprimer toutes les bombes, tous les avions de guerre, tous les obus, commettrait un crime contre l’humanité et serait à traiter comme criminel de guerre. » C’est peut-être un peu osé, mais c’est tellement plus franc que d’approuver les tentatives d’hégémonie d’un pays sur le monde ! Papillon.