« “L’atome amical” », La Lutte syndicale. Organe officiel de la Fédération suisse des ouvriers sur métaux et horlogers (8 décembre 1954)a

[fr] Reprenant un article de la Metall- und Uhrenarbeiter Zeitung, l’auteur insiste sur le passage de la recherche scientifique à l’ère des applications pacifiques de l’énergie nucléaire. Il évoque l’idée d’un « pool » international de l’énergie atomique, soutenue par les États-Unis et non rejetée par l’URSS, comme moyen de surmonter la guerre froide. L’article décrit ensuite l’exposition itinérante belge Atomic Future, qui met en valeur les usages médicaux et agricoles de l’uranium et illustre concrètement le potentiel énergétique colossal de ce métal. Le texte conclut que l’« atome amical » peut et doit être réservé au service du progrès et du bonheur humains.

[de] Unter Bezugnahme auf einen Artikel der Metall- und Uhrenarbeiter Zeitung betont der Autor den Übergang von der wissenschaftlichen Forschung zum Zeitalter der friedlichen Anwendungen der Kernenergie. Er erwähnt die Idee eines internationalen „Atom-Pools“, die von den USA unterstützt und von der UdSSR nicht abgelehnt wurde, als Mittel zur Überwindung des Kalten Krieges. Der Artikel beschreibt anschließend die belgische Wanderausstellung Atomic Future, die die medizinischen und landwirtschaftlichen Anwendungen des Urans hervorhebt und das gewaltige Energiepotenzial dieses Metalls anschaulich macht. Der Text schließt mit der Feststellung, dass das „freundliche Atom“ ausschließlich dem Fortschritt und dem menschlichen Wohl dienen solle.

[it] Riprendendo un articolo della Metall- und Uhrenarbeiter Zeitung, l’autore sottolinea il passaggio dalla ricerca scientifica all’era delle applicazioni pacifiche dell’energia nucleare. Richiama l’idea di un « pool » internazionale dell’energia atomica, sostenuta dagli Stati Uniti e non respinta dall’URSS, come mezzo per superare la guerra fredda. L’articolo descrive quindi l’esposizione itinerante belga Atomic Future, che valorizza gli usi medici e agricoli dell’uranio e illustra concretamente il potenziale energetico colossale di questo metallo. Il testo conclude che l’« atomo amichevole » può e deve essere riservato al servizio del progresso e della felicità umana.

[en] Quoting an article from the Metall- und Uhrenarbeiter Zeitung, the author highlights the shift from scientific research to the era of peaceful applications of nuclear energy. He refers to the idea of an international atomic energy “pool,” supported by the United States and not rejected by the USSR, as a way to overcome the Cold War. The article then describes the Belgian traveling exhibition Atomic Future, which showcases the medical and agricultural uses of uranium and vividly demonstrates the colossal energy potential of this metal. It concludes that the “friendly atom” can and must be devoted solely to human progress and well-being.

La Metall- und Uhrenarbeiter Zeitung du 17 novembre passait en revue le stage actuel des découvertes nucléaires. Elle observait, notamment, que nous avons maintenant dépassé le temps des recherches de l’ordre purement scientifique. Nous entrons dans l’ère des applications de l’énergie nouvelle. La presse quotidienne a largement parlé, entre temps, des progrès réalisés par l’idée du « pool » international de l’énergie atomique. Lancée par le président des États-Unis, cette conception ne s’est pas heurtée au veto russe. Au contraire, les Moscovites admettent l’idée et sont prêts à accorder leur collaboration à l’institution mondiale de contrôle préconisée par les Américains. Les progrès gigantesques accomplis depuis le premier essai d’une bombe atomique, à El Alamo, dans les déserts du Nevada, en 1945, jusqu’à la plus récente expérimentation du dernier modèle de bombe à l’hydrogène et au cobalt, sur des atolls du Pacifique, obligent (à moins qu’ils ne soient tous devenus fous) les peuples de la terre à bifurquer vers les voies de la réconciliation et de l’entente. Poursuivre la guerre froide équivaut à décréter, dès le jour même de cette décision fatale, que l’humanité prépare son suicide collectif. Il ne saurait en être question. La raison aura le dessus. Fort opportunément et soucieux de mettre en relief un point de vue pacifique, le Gouvernement belge a organisé, depuis ce mois-ci, une exposition itinérante très bien conçue, expliquant l’importance des applications de l’énergie tirée de l’uranium, dans le domaine médical et agricole. Cette exposition rencontre un grand succès. Elle permet au public de compléter ses connaissances par la vue d’exemples utiles et concrets. L’atome pacifique y est exalté dans ses différentes manifestations. Rien n’est plus suggestif que la visite de cet ensemble. On y démontre que l’atome effectuera la relève de l’industrie chimique. On y voit comment le développement croissant de la population du globe menace d’épuiser, à brève échéance, les ressources en combustible, et comment seule l’énergie atomique garantira la subsistance des générations futures. Nous avons visité cette exposition, groupée dans plusieurs énormes camions tractés, à larges volets métalliques formant vitrines. Nous y sommes même retourné, pour examiner, plus à loisir, les intéressants diagrammes et les films consacrés aux aspects industriels et agricoles de l’énergie destinée à l’usage pacifique. Il y a quelque temps, un titulaire du prix Nobel disait : « Le temps est venu de parler de l’atome amical. » On ne pourrait dire mieux ! L’heure est là, en effet, d’opérer un redressement des esprits, de telle sorte que l’on cesse d’identifier, nécessairement, sciences nucléaires et recherches atomiques avec guerre, destruction et néant. On se rend compte des possibilités prodigieuses offertes à une humanité réconciliée avec elle-même. Disons, à titre d’exemple, qu’un kilogramme d’uranium possède une énergie potentielle de l’ordre de trois millions de fois celle contenue dans un kilogramme de charbon. Mais au fait, qu’est-ce qu’un kilogramme d’uranium ? Nous savons, pour l’avoir lu, que la densité de ce métal est plus grande que celle du plomb. Nous jaugeons ainsi assez facilement les dimensions d’un kilogramme de plomb. Les modèles présentés dans les vitrines de l’exposition « Atomic Future » (c’est son nom de baptême !) nous montrent aussi des blocs d’un kilogramme d’uranium, substance grisâtre, dont la couleur ressemble aussi bien à du plomb qu’à de l’acier. Ces modèles d’un kilogramme ont exactement la dimension d’une bobine de fil à coudre ! Et nous sommes fort émerveillé d’apprendre que l’énergie incluse dans ce bloc de matière, si minuscule, permettra d’éclairer pendant de nombreux mois une ville de plusieurs centaines de milliers d’habitants ; de faire marcher des trains lourdement chargés sans qu’il soit nécessaire de renouveler la provision de combustible pendant des années, etc. Voilà quelques-uns des prodiges de « l’atome amical » ! Rien en ceci n’appartient à l’utopie. Demain, un monde nouveau surgira de ces forces prodigieuses. Ayons la sagesse de les réserver uniquement au bonheur humain !