« Le succès de la Conférence atomique de Genève », La Lutte syndicale. Organe officiel de la Fédération suisse des ouvriers sur métaux et horlogers (31 août 1955)a

[fr] L’article revient sur la première Conférence internationale sur l’utilisation pacifique de l’énergie atomique, organisée à Genève sous l’égide de l’ONU en août 1955. Elle permit aux chercheurs de comparer pour la première fois leurs résultats, jusqu’alors secrets, et de poser les bases d’une coopération scientifique internationale jugée essentielle. Si les débats ont aussi mis en évidence les dangers des radiations et des déchets radioactifs, les participants ont souligné les immenses perspectives ouvertes par la fission nucléaire, tant pour l’agriculture (mutation des plantes par irradiation) que pour la médecine (usage croissant des isotopes contre le cancer). L’auteur y voit une étape historique, porteuse d’espoir, à condition que les applications soient entourées de strictes précautions.

[de] Der Artikel behandelt die erste Internationale Konferenz über die friedliche Nutzung der Atomenergie, die im August 1955 in Genf unter der Schirmherrschaft der UNO stattfand. Sie ermöglichte es den Forschern, erstmals ihre bis dahin geheimen Ergebnisse zu vergleichen und die Grundlagen für eine als unverzichtbar erachtete wissenschaftliche Zusammenarbeit zu schaffen. Zwar wurden auch die Gefahren der Strahlung und der radioaktiven Abfälle hervorgehoben, doch betonten die Teilnehmer die enormen Perspektiven der Kernspaltung, sowohl für die Landwirtschaft (Mutationen von Pflanzen durch Bestrahlung) als auch für die Medizin (zunehmende Verwendung von Isotopen gegen Krebs). Der Autor sieht darin einen historischen, hoffnungsvollen Schritt, vorausgesetzt, die Anwendungen werden von strengen Sicherheitsmaßnahmen begleitet.

[it] L’articolo tratta della prima Conferenza internazionale sull’uso pacifico dell’energia atomica, organizzata a Ginevra sotto l’egida dell’ONU nell’agosto 1955. Essa permise ai ricercatori di confrontare per la prima volta i loro risultati, fino ad allora segreti, e di gettare le basi di una cooperazione scientifica internazionale ritenuta essenziale. Sebbene siano stati messi in evidenza anche i pericoli delle radiazioni e dei rifiuti radioattivi, i partecipanti hanno sottolineato le immense prospettive aperte dalla fissione nucleare, sia per l’agricoltura (mutazioni delle piante tramite irradiazione) sia per la medicina (uso crescente di isotopi contro il cancro). L’autore vi vede una tappa storica e portatrice di speranza, a condizione che le applicazioni siano accompagnate da severe precauzioni.

[en] The article discusses the first International Conference on the Peaceful Uses of Atomic Energy, held in Geneva under UN auspices in August 1955. It gave researchers the opportunity to compare, for the first time, results that had previously been kept secret, and to establish the foundations of scientific cooperation deemed essential. While the dangers of radiation and radioactive waste were emphasized, participants also highlighted the immense prospects of nuclear fission, both in agriculture (plant mutations through irradiation) and in medicine (growing use of isotopes against cancer). The author sees this as a historic and hopeful milestone, provided that applications are accompanied by strict safeguards.

La Conférence de Genève pour l’utilisation de l’énergie atomique à des fins pacifiques a pris fin le 20 août. Ses travaux ont duré deux semaines. On sait qu’elle est due à une initiative du président Eisenhower et qu’elle fut organisée sous les auspices des Nations Unies. L’accumulation énorme de documents et de rapports soumis aux délégués fut un objet d’ébahissement pour les profanes. La presse quotidienne a donné un aperçu souvent détaillé des exposés et des discussions, mais on n’a pu avoir du dehors qu’une idée très imparfaite de l’importance pratique de cette conférence unique en son genre. Les spécialistes des recherches nucléaires sont seuls capables de dégager les résultats positifs de ces travaux. Ils ont eu, pour la première fois, l’occasion de faire le point sur l’état actuel des recherches et des réalisations qui étaient jusqu’alors strictement secrètes. Ce n’est pas sans étonnement qu’ils ont dû constater que l’on était arrivé par des voies quelquefois différentes à des résultats à peu près analogues. Ainsi se vérifie une fois de plus le fait que la science ne connaît pas de frontières. Ils ont pu également fixer de nouveaux points de départ pour leurs recherches ultérieures. Les contacts personnels que ces savants ont pu établir tout au long de cette conférence ont jeté les bases d’une collaboration internationale d’une valeur inestimable, collaboration qui ne devra pas être brisée à l’avenir. Souhaitons-le du moins ardemment ! On ne sait pas encore si de cette collaboration va sortir dans un avenir prochain la réalisation du pool atomique international suggéré, voici déjà deux ans, par le président Eisenhower. Ce qui est du moins acquis, c’est qu’une seconde conférence semblable se tiendra dans deux ans et c’est déjà là un gros succès. Bon nombre de déclarations faites à Genève durant ces quinze jours ont eu manifestement pour but d’effacer de l’esprit des hommes les impressions angoissantes produites par ces nouvelles découvertes scientifiques. Les bombes lancées sur Hiroshima et Nagasaki ont constitué la démonstration éclatante et inoubliable pour la génération présente de ce que représente pour l’humanité l’emploi des armes atomiques. Mais, comme on l’a nettement indiqué au cours de cette conférence, l’emploi à des fins pacifiques des découvertes atomiques présente aussi de très gros et réels dangers. Nous pensons tout d’abord aux effets génétiques de rayonnements radioactifs signalés par un professeur danois. On en peut déduire que l’ère atomique, au lieu de permettre un nouvel épanouissement de la nature humaine, peut fort bien provoquer une détérioration physique et psychique de notre espèce. Les spécialistes eux-mêmes ont insisté de la façon la plus catégorique sur la nécessité absolue d’entourer les applications futures de l’énergie atomique des plus sévères précautions et de vouer une attention plus grande que jusqu’ici aux conséquences néfastes des nouvelles découvertes en s’efforçant d’y remédier par des études appropriées. Ces exigences des milieux directement intéressés sont de nature à atténuer le malaise créé par certaines des révélations faites à Genève. Une protection plus efficace est ainsi jugée nécessaire pour sauvegarder la vie et la santé des travailleurs des centres atomiques, ainsi que des populations des régions environnantes. L’attention a également été attirée à Genève sur le danger que présentent les éléments radioactifs. Des débats animés ont été consacrés aux divers moyens de les rendre inoffensifs. Que les matières devenues radioactives soient enfouies dans la mer ou dans la terre, elles n’en constituent pas moins une grave menace en temps de guerre, dans le cas où elles seraient récupérées. Des spécialistes n’ont pas hésité à affirmer que les quantités de substances radioactives produites par l’emploi généralisé de l’énergie atomique seront bientôt suffisantes pour anéantir toute l’humanité. D’autre part, l’emploi à des fins pacifiques de l’énergie atomique, s’il s’accompagne de toutes les précautions qui s’imposent, offre à tout le genre humain un vaste champ de possibilités nouvelles et insoupçonnées. On a déjà calculé que les besoins en énergie vont croître au cours des prochaines décennies dans une telle proportion que le recours à de nouvelles sources d’énergie sera absolument indispensable. On sait, au surplus, que les réserves de combustibles solides et liquides seront tôt ou tard épuisées. Cela signifie pratiquement qu’il n’est absolument pas possible de renoncer, qu’on le veuille ou non, au développement des multiples applications de la fission nucléaire. Dans le seul domaine de l’agriculture, elles vont apporter des transformations vraiment révolutionnaires. De ce point de vue les déclarations faites par un professeur suédois revêtent un intérêt tout particulier. « Nos cultures, a-t-il dit, sont vieillies. Depuis 500 000 ans, l’orge pour ne prendre que cet exemple n’a subi aucune modification. On pourra, à l’avenir, par irradiation, rénover et moderniser les chromosomes de l’orge. On pourra aussi transformer la structure organique des plantes et leur attribuer de manière stable des propriétés tout à fait nouvelles. » La médecine attend également beaucoup de l’emploi des éléments radioactifs. Les isotopes radioactifs sont d’ailleurs de plus en plus employés pour le diagnostic et le traitement de différentes maladies, notamment de ce fléau social qu’est le cancer, et l’on n’est qu’au début de l’application thérapeutique des éléments radioactifs. C’est ainsi que, placée entre de bonnes mains, l’énergie nucléaire peut être d’une précieuse utilité pour l’humanité et lui assurer de bienfaisantes perspectives, comme elle peut aussi, entre des mains malveillantes, précipiter sa perte. À Genève, les spécialistes de la désintégration nucléaire se sont honnêtement efforcés d’ouvrir les bonnes voies pour l’emploi pacifique de l’énergie atomique. C’est incontestablement ce qui a donné à cette conférence une portée historique aussi grande et finalement aussi réconfortante.